Jacob et Wilhelm Grimm
Il était une fois…

Collection Signes de vie


Tout public, à partir de 15 ans
ISBN: 2-912080-51-7  
format: 15x19 - 176 pages  
14 €
 
Inséparables dès l'enfance, et pourtant de natures si différentes, l'un obstiné et sévère, l'autre joyeux et artiste, Jacob (1785-1863) et Wilhelm (1786-1859) Grimm ont toujours vécu, étudié, écrit ensemble. Ils comptent parmi les écrivains les plus lus dans le monde. Depuis leur première parution en 1812-1815, leurs Contes pour l'enfance et le foyer - nés dans le peuple, transmis par le peuple, racontés à l'intention du peuple, évoquant le peuple - ont un succès qui ne s'est plus démenti. Or les deux frères demeurent des inconnus ; on ne sait presque rien des auteurs de Blanche-Neige, La Belle au Bois dormant ou Cendrillon et autres contes qui constituent un des fleurons du patrimoine de l'humanité.

On ne sait pas, par exemple, que Jacob est l'un des pères de la philologie moderne ; que Wilhelm a été un découvreur des grands mythes germaniques, et qu'ils ont été, avec leur immense Dictionnaire allemand, un équivalent de nos Littré, Larousse ou Robert !

La collecte des contes et les travaux philologiques visent à bâtir, dans l'esprit du romantisme, la conscience que les nombreux États allemands ont une langue, une culture, un passé communs. Profondément démocrates, à une époque fortement marquée par l'autoritarisme et son arbitraire, les frères Grimm défendront toute leur vie l'idée de la construction de l'unité allemande.

  Pourquoi une biographie des vies mêlées des frères Grimm, Wilhelm et Jacob ?

Un «conte de Grimm» ? Qu'est-ce ? Combien de fois me suis-je aperçu que cette expression ne désignait rien de précis ? Ou plutôt… Que des enfants, comme des adultes, y voyaient une sorte de contes vue à travers la Blanche-Neige de Walt Disney ! Donc un truc américain ! Un «conte de Grimm», comme on dit un «macdo», un «coca»! Et pour les plus éclairés, une variété de contes différents, venus d'un ailleurs fondateur, comme les récits de la Bible, plus international, au regard de la mode actuelle du conte et des conteurs populaires ethnographiques, lesquels nous replongeraient dans nos racines immédiates, perdues pour cause de migrations.

Grimm ? Comme «grimace», «grimacer», «grimacier», «grimage», «grimer», «se grimer»? Ici, mardi-gras et carnaval avaient bien disparu, puis sont re(de)venus à la mode ! On y ajoute un coup d'allo-ouine, de quoi nous faire penser à la citrouille-carrosse de Cendrillon, la «Cul-cendron» du bien français Charles Perrault. Oui, un «conte de Grimm» est sûrement, dans l'inconscient de l'enfant un conte grimé, fardé, déguisé. D'ailleurs, le loup rencontré dans le bois par le Petit Chaperon rouge ne s'est-il pas déguisé en grand-mère ? C'est bien une preuve, non ?

«Grimm» ? Est-ce un lieu ? Un «conte de Grimm» comme on dit un fromage de Camembert ? Est-ce un homme ? Comme on dit un roman de Balzac, la madeleine de Marcel Proust ?

Heureusement que parfois on a entendu parler des frères Grimm ! Ils étaient donc deux ! Mais quand, où, comment ont-ils vécu ? Mystère ! Ah, bon ! ils étaient allemands, contemporains de Napoléon, de Victor Hugo, d'Alexandre Dumas, d'Honoré de Balzac ! On l'ignorait !

Un «conte de Grimm», c'est bien un truc pour les enfants ! Et n'écrivent pour les enfants, pense le commun des mortels, que des gens qui, n'ayant rien d'autre à dire, n'écrivent que des trucs pas sérieux, pas graves du tout, loin de toutes les préoccupations des adultes : on n'est pas sérieux quand on écrit pour les enfants ! Quand bien même l'on n'a plus «de tilleuls verts sur la promenade» ! De toute façon, qui sait distinguer un tilleul d'un marronnier ?

Seulement voilà, il n'y a pas eu plus sérieux que Jacob et Willhelm, l'un et l'autre faisant des études très poussées - très sérieuses - dans les domaines de la langue allemande, de sa littérature, de son histoire ; et laissant au moins deux grandes œuvres, l'une internationale, l'autre nationale : deux volumes de contes et un dictionnaire de la langue allemande en trente-deux volumes, dont le premier est paru en 1854 et le dernier en… 1960 !

Oui, vraiment, pourquoi, parodiant Hölderlin, écrire «en ces temps de détresse» une biographie des frères Grimm, Jacob et Wilhelm ?


François Mathieu